Samedi 2 janvier 2021

Cap Horn : « Dans deux jours j’y suis. Ça va être trash ! »

Victime de la perte de son deuxième aérien, Isabelle se retrouve sans instrument pour lui indiquer les données du vent. Les conditions étant de plus en plus musclées à l’approche du cap Horn, notre skipper devra redoubler de prudence au moment de franchir ce passage mythique à la pointe chilienne. En ce 55e jour de navigation, elle était ce matin à la vacation avec l’Organisation de la course. Elle nous raconte.

« J’ai mis le réveil pour être au rendez-vous de la vacation ! La nuit a été longue, derrière moi on voit que le jour se lève, c’est le bon moment pour aller dormir. Hier j’ai perdu mon aérien, le dernier qui marchait est tombé en panne. Le bateau a fait demi-tour tout seul alors qu’il y avait 30 nœuds et une mer pas possible donc ça a été chaud de récupérer ça. Depuis, je n’ai plus d’aérien donc je n’ai plus aucun instrument qui indique le vent. Je n’ai plus aucune information pour l’instant. Et comme je navigue en vent arrière, c’est hyper compliqué, je dois toujours surveiller la marche, la vitesse et le cap du bateau pour ne pas qu’il sorte de ses rails. J’ai passé la nuit là-dessus et maintenant les conditions sont un petit peu plus stables.

Je suis toujours au portant VMG mais j’ai pris un ris dans la grand-voile donc ça me permet d’assurer mes arrières. Cette nuit j’étais grand-voile haute et comme c’est un temps à rafales avec le vent de sud-ouest, c’est beaucoup moins tolérant. Maintenant que c’est plus tolérant, j’ai pris un ris et je vais pouvoir aller dormir.

Je passe tout mon temps à surveiller la marche du bateau, la vitesse, le cap, l’assiette, à sentir s’il est sur son bon cap, s’il accélère trop, dans ce cas-là il faut abattre un peu. Quand je dors, je dors avec ma main gauche dans un gant de ski pour avoir chaud et ma main droite sur la télécommande avec le pouce sur le bouton du pilote pour ajuster la trajectoire dès que je sens que le bateau part en sucette.

C’est une situation qui n’est vraiment pas confortable car je sais que j’ai encore un gros mois de navigation, il me reste un gros tiers du parcours à boucler, et ça va plus du tout être le même tempo, le même confort. Ça va être plus difficile d’aller vite, j’aurais souvent besoin de lever le pied, le bateau sera moins rapide donc ce sera frustrant. Je pense que je vais être très sollicitée par la marche du bateau. Et à côté de ça, le cap Horn arrive et ça me réjouit énormément. J’avoue que j’ai hâte de sortir des mers du Sud. C’est un sacré morceau, ça commence à faire long, je souffre du froid et malgré la beauté des paysages, j’ai vraiment besoin de changer de climat, de mettre le cap au Nord. Dans deux jours j’y suis, ça va être trash ! 

Le passage va être dur car c’est que du vent arrière donc sans aérien ça risque d’être compliqué. Mais c’est vrai que je me réjouis de passer à une autre séquence. Et il y a autre chose aussi, c’est que le cap Horn figurait dans mes gros objectifs de ce Vendée Globe. Il y avait les mers du Sud, finir la course bien entendu et passer le cap Horn. Ça serait une grande satisfaction. 

Pour cet aérien j’ai peur qu’il n’y ait pas de solution pour réparer, car j’ai l’impression qu’il y a une pièce qui est cassée. Après, pour l’aérien principal qui est en panne depuis quelques semaines, des fois ça peut revenir, il peut arriver un miracle ! Je pourrais mettre un aérien sur le tableau arrière de mon batea quand les vents seront plus cléments. Mais ça ne va malheureusement pas vraiment changer la situation. C’est du rechange qui ne fonctionne pas super bien » 

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