Mercredi 3 mars 2021

Retour sur les épisodes clés qui ont jalonné le Vendée Globe d’Isabelle

Le mercredi 24 février, Isabelle et son IMOCA MACSF pointaient au large des Sables d’Olonne, bouclant symboliquement, hors course, le parcours du Vendée Globe. Une semaine après cette arrivée mémorable, nous vous invitons à vous replonger dans les grands moments qui ont marqué les 108 jours de l’aventure hors normes vécue par notre skipper, en solitaire, autour du monde.

Un départ très prudent qui lui a coûté cher

Au premier jour de course, Isabelle figurait au 28e rang sur 33 concurrents. La skipper MACSF débute sa course prudemment, à sa manière. Pour éviter le passage du premier front trois jours après le départ, elle choisit de se recaler dans le Sud au prix de multiples virements de bord. Elle y laisse pas mal de plumes et entame sa descente de l’Atlantique dans le dernier tiers de la flotte. Tiraillée entre performance et sûreté, elle va passer plusieurs jours à doser, acceptant tant bien que mal ce compromis difficile. Jusqu’à ce que sa propre cadence épouse finalement celle des autres.

« Ce n’est pas parti comme je le souhaitais. Je ne m’attendais pas à faire un début de course aussi raté que celui-là. Ce fut dur à avaler. Ce deuxième front au large du Portugal m’a vraiment fait peur. Mais il était inenvisageable que je revienne aux Sables. J’ai été marquée par mes abandons les deux années précédentes. C’est pour cette raison que j’ai choisi de virer de bord et de partir avec 200 milles de retard sur l’avant de la flotte. De plus la météo favorisait les premiers. Chaque jour je perdais du terrain. J’ai donné tout ce que je pouvais pour revenir dans le match. Au début ça ne payait pas. Cela a commencé à payer quand j’ai commencé à arrêter d’y croire »

Un grand Sud « extraordinaire » selon Jean Le Cam

Douzième lors du passage du Cap de Bonne Espérance, sa découverte des mers du grand Sud qu’elle redoutait tant est un coup de maître. Isabelle a trouvé son rythme, elle navigue proprement et privilégie la recherche de vitesse régulière. Sa détermination et sa clairvoyance font le reste. Dans l’Océan Indien puis l’Océan Pacifique, elle grignote progressivement son retard et gagne du terrain sur ses adversaires. Sa découverte parfois éprouvante des mers du Sud va néanmoins se faire dans l’ombre d’une menace. Son bateau (plan Verdier VPLP de 2007) est similaire à PRB. Le naufrage de Kevin Escoffier est dans toutes les têtes. On apprendra plus tard par son directeur de projet, Alain Gautier, que la question de relâcher en Afrique du Sud s’est posée à ce moment crucial.

« L’avarie de Kévin (Escoffier) nous avait tous retournés, complètement. À un moment donné, je me suis fait violence pour ne pas me laisser prendre par la peur. À l’entrée des mers du Sud, quand j’étais en train d’accélérer et de revenir dans le match, il y avait deux parties de moi, celle qui avait peur et celle qui se disait que ce n’est pas parce que c’est arrivé au bateau de Kevin que ça allait m’arriver. J’avais la trouille, quand le bateau plantait dans une vague, je pensais à Kevin, mais je ne voulais pas lever le pied à ce moment-là, je ne voulais pas repartir comme sur la descente de l’Atlantique »

Le 28 décembre, trois jours après Noël, Isabelle se hisse à la 5e place du classement. Malheureusement l’état de grâce ne dure pas pour la première féminine qui a déjà eu son lot d’ennuis avec notamment la perte du balcon arrière de son bateau. Les événements contraires s’enchaînent. 

Début janvier, la fin du rêve

Le 3 janvier, deux jours avant le passage du mythique Cap Horn, la tige de son vérin de quille cède, l’obligeant à installer avec l’aide de son équipe à terre un vérin de secours. Le 5 janvier, elle dépasse le célèbre rocher du cap Horn en 11e position dans des conditions dantesques. Quatre jours plus tard, alors qu’elle croise au large de l’Argentine, elle doit se résoudre à abandonner à la suite de la casse du faux vérin. Elle n’a plus la totale maitrise de son bateau. Il va lui falloir deux grosses semaines et pas mal de frayeurs pour parvenir à rejoindre Salvador de Bahia et sa baie de tous les saints où l’attend son équipe technique. Elle en repart le 5 février et rejoint Samantha Davies, elle aussi hors course, pour terminer son voyage.

Une magnifique journée d’arrivée aux Sables d’Olonne

Rayonnante et fière du parcours accompli, Isabelle a retrouvé les Sables d’Olonne le mercredi 24 février 2021 à l’issue de 108 jours d’une incroyable aventure, accueillie dans sa remontée du chenal par un temps radieux et les applaudissements d’un public venu en nombre.

« Je ne m’attendais pas à un tel accueil. J’ai vécu cette arrivée comme un cadeau. Tout ce monde qui était là pour moi… Toutes ces personnes m’ont rappelé le chemin parcouru, pour que je n’oublie pas. Cette arrivée, c’est une victoire. J’ai l’impression d’avoir gagné. Je n’ai pas gagné le Vendée Globe, mais ce que j’ai gagné, c’est énorme »

Une dernière phrase qui résonne avec le message de soutien et de réconfort qu’un certain Jean Le Cam avait adressé à notre skipper au lendemain de son abandon : « Isabelle, quelque part tu as gagné ton Vendée Globe ». C’est avec une grande émotion que les deux navigateurs se sont d’ailleurs retrouvés sur les pontons de Port Olona. Des retrouvailles scellées par un rock endiablé partagé par les deux skippers sur le morceau « Long train runnin’ » à l’issue de la conférence de presse d’Isabelle, pour le plus grand plaisir du public. Une arrivée mémorable qu’Isabelle a pu vivre auprès de ses proches, de ses partenaires et de son équipe. Les skippers Miranda Merron et Manuel Cousin étaient également présents pour féliciter la navigatrice.

« J’ai fait des erreurs mais je me suis donnée à fond »

Au-delà de sa performance sportive qui a surpris les suiveurs, Isabelle Joschke a étonné par sa capacité à surmonter les épreuves qui ne l’ont pas épargnée.  

« Quand ça n’allait pas, j’acceptais ces coups de moins bien, il est important de ne pas se mentir. Cela m’a aidé à rebondir. Chaque cap franchi a été une victoire. A chaque fois que j’ai réussi à réparer une avarie, cela a été aussi une victoire. A chaque fois j’ai eu l’impression de repartir avec un peu plus de force en moi, de trouver l’énergie pour voir l’avenir autrement.

J’ai fait des erreurs, tout n’a pas été parfait, mais je me suis donnée à fond. Ma course reflète ce que l’on a vécu sur le projet depuis quatre ans : il y a eu beaucoup de promesses, des arrêts buffet, des moments où j’ai trébuché, où le projet a trébuché. Mais on est reparti, on a su se relever. On a rencontré un super sponsor, la MACSF, qui nous a donné toute sa confiance. Durant la course j’ai toujours su que cela pouvait s’arrêter du jour au lendemain. Cela n’a pas été du tout linéaire mais tellement riche en apprentissage. Aujourd’hui je n’échangerais ma place pour rien au monde »

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