Dimanche 22 novembre 2020

« Je vis une grosse déception, avec de la confiance à reconstruire »

Contactée par l’équipe communication du Vendée Globe lors de la vacation de ce matin, Isabelle partage sa contrariété et sa frustration suite à l’arrachement de son balcon arrière, survenu dans la soirée du 20 novembre.

« Je me suis remise de mes émotions de la nuit dernière. Je me suis bien reposée cette nuit, les conditions de navigation sont quand même très clémentes, ça aide à relativiser et à se sentir bien en mer. Les conditions sont bien pour mon foiler. C’est assez exceptionnel de naviguer avec du vent de travers medium et pas du tout de mer. Le bateau tape vraiment très peu. Cette situation dure depuis 24 heures. Ça secoue bien quand même : il est impossible d’écrire avec le clavier de l’ordinateur. Donc ça secoue mais ça ne tape pas. Ce rythme va se prolonger, ce qui n’est pas plus mal : ça me permet d’avancer. Je ne suis pas au max de ma vitesse, mais ça avance quand même assez vite. C’est sûr que s’il y avait 2, 3 nœuds de plus ce serait encore mieux. Mais ça permet de recharger les batteries. 

J’ai un dossier technique sur le feu, que je ne peux pas traiter tant que le bateau avancera en bâbord amures, parce que le bateau gite et que la zone à travailler est exposée aux embruns. Il faudra soit que ça se calme, soit que je ralentisse pour effectuer des réparations. Je parle essentiellement de mon balcon. Après j’ai plein d’autres petites avaries, moins embêtantes. Mais là il s’agit surtout de remettre en place correctement la poulie de gennaker, de manière sécurisante.

Mon balcon est vraiment en morceaux. Les attaches sur le pont sont arrachées, les accroches sont dans le fond. Il faut reconstituer un balcon et en plus le solidariser avec le pont, sachant que c’est de l’aluminium… Ce n’est pas super évident. Les échanges sont nombreux avec mon équipe technique et je sollicite leur aide pour trouver une solution à la fois simple et solide. L’enjeu en course, c’est qu’il faut que ce soit réalisable de manière très simple et le plus rapidement possible. Tout prend forcément beaucoup de temps. Les gars connaissent bien le bateau, les zones qu’ils ont renforcées… etc.  Si je décidais toute seule, je pourrais me lancer dans des trucs mais ce serait plus hasardeux et loin d’être sûre que ça tienne.

Le balcon, c’est une question de sécurité et, symboliquement, j’ai pris un coup au moral parce que ce n’est pas la première avarie depuis le début de course. A chaque fois que j’ai une avarie, je suis obligée d’arrêter, pour réparer ou sécuriser. En tant que compétitrice, je trouve ça hyper frustrant de s’arrêter tout le temps. Mais le balcon, c’est aussi ce qui nous rattache au bateau, ce qui nous maintient à l’intérieur, en sécurité. Sans lui, la navigation n’est plus la même. Quand je vais remonter l’hydrogénérateur, même si j’ai des filières de remplacement, je sais qu’elles sont moins solides et j’y vais donc avec beaucoup plus de précautions. Ce n’est plus le même rapport au bateau en fait. C’est tellement important de se sentir en confiance à bord. Je n’en suis vraiment qu’au début de cette course, ça fait 15 jours que je suis en mer, j’ai connu des conditions plutôt clémentes et je me dis que le plus dur est à venir. C’est maintenant qu’il faut avoir un bateau solide. Dans la zone où le balcon a été arraché, je m’attache alors que c’est normalement un endroit où je n’ai pas forcément besoin de le faire habituellement…

Bien sûr, à côté de ça, il y a plein de choses positives. Je vis les choses à fond et là, je traverse une phase de frustration, d’agacement, de déception et je n’ai pas envie de dire que tout va bien, de porter des messages positifs, alors que ce n’est pas toujours drôle. Je vis une grosse déception, avec de la confiance à reconstruire. Et à côté de ça, je suis hyper heureuse d’être en course, je ne voudrais pas être ailleurs. Je vis les choses à fond mais je n’ai pas non plus envie de me voiler la face ».

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